Soeur Emmanuelle
Soeur Emmanuelle s'est éteinte, à la veille de son centième anniversaire. Il y a quelques mois, la religieuse au tempérament et au destin extraordinaires s'était confiée à Annabelle Cayrol et Jacques Duquesne dans "J'ai 100 ans et je voudrais vous dire" (Plon). L'Express en avait publié des extraits exclusifs.
Le temps a filé si vite... Le 16 novembre prochain, soeur Emmanuelle, notre Mère Teresa à nous, aurait eu 100 ans. Un siècle tout rond pour cette sainte populaire au tempérament et au destin extraordinaires, toujours vive malgré le poids des ans. Avant que Nicolas Sarkozy l'accueille en grande pompe à l'Elysée et que moult documentaires et biographies reviennent sur le chemin hors du commun de ce brin de femme cabocharde à l'énergie incroyable, L'Express a publié en exclusivité, en août dernier, des extraits du dernier entretien qu'elle a accordé à la productrice Annabelle Cayrol et au journaliste Jacques Duquesne, J'ai 100 ans et je voudrais vous dire (Ed.Plon). Un document rare : tapie dans une grande maison au parc fleuri de l'arrière-pays varois appartenant à sa congrégation, Notre-Dame-de-Sion, rivée à sa chaise roulante, soeur Emmanuelle ne parlait presque plus aux journalistes. La retrouver contant ici, avec ses mots sans façon et de nombreuses anecdotes inédites, sa jeunesse fofolle, ses premiers pas de servante de Dieu auprès des demoiselles de la bourgeoisie turque, puis sa plongée, vingt ans durant, dans les bidonvilles du Caire, à l'âge où d'autres prennent leur retraite, est un pur bonheur. On ignorait que cette religieuse de feu, partisane du mariage des prêtres, écrivit un jour au bon pape Jean-Paul II, pour lui laisser entendre l'intérêt qu'il y avait, au coeur des cloaques cairotes, à user de la pilule. On ignorait aussi que cette infatigable batailleuse, fondatrice d'une association pour les mères en détresse et qui se mit en tête, à 80 ans bien sonnés, de vouloir repêcher les SDF de son village, avait aussi été amoureuse. "J'ai eu une vie heureuse, dit-elle. Je ne peux que répéter qu'il faut donner aux autres optimisme, volonté et amour [...]. Sans partage, sans solidarité, on ne peut faire progresser l'humanité, il faut donc s'acharner." Dieu n'aura pas laissé cette vieille dame entêtée s'acharner jusqu'à son centième anniversaire.